Portraits des membres

Célyne Lalande

Dirigée par Sonia Gauthier

  • Thème: Intervention sociojudiciaire en violence conjugale au Québec: repré-sentations professionnelles des intervenants qui en font l'expérience
  • Objectif général: Circonscrire l’intervention sociojudiciaire (ISJ) en violence conjugale (VC) au Québec.
  • Objectifs spécifiques:
    • Identifier les objets signifiants pour la pratique de l’ISJ en VC à partir des représentations que s’en font ces intervenants;
    • Identifier les représentations qu’ont ces intervenants de leurs rôles et statuts au sein de l’ISJ en VC, de même que ceux des autres acteurs impliqués;
    • Identifier les représentations qu’ont ces intervenants des finalités institutionnelles orientant leurs interventions dans ce cadre spécifique;
    • Identifier les représentations qu’ont ces intervenants relativement à leur identité professionnelle dans ce cadre d’intervention;
    • Identifier les difficultés et les enjeux de l’ISJ au niveau des pratiques, au niveau contextuel et au niveau identitaire, à partir des représentations de ces intervenants;
    • Mettre en lumière les points de jonction, les tensions et les points de rupture entre les représentations collectées en considérant les sous-groupes d’acteurs rencontrés.
  • Aperçu de la problématique: L’étude projetée portera sur les pratiques québécoises d’intervention en violence conjugale (VC) désignées par le terme « intervention sociojudiciaire » (ISJ). À l’heure actuelle, les politiques gouvernementales québécoises en matière de VC structurent et orientent les pratiques d’intervention de façon à ce qu’elles intègrent une approche judiciaire et sociale, laquelle est nommée « intervention sociojudiciaire ». Dès lors, des interrogations sont soulevées au sujet de ce type d’intervention. Notamment, il est difficile de cerner en quoi cette façon d’intervenir consiste exactement puisque non seulement le terme n’est ni défini, ni opérationnalisé dans les documents officiels du gouvernement, mais en plus, il n’est pas toujours utilisé pour référer aux mêmes choses. De même, en termes organisationnels, il semble y avoir certaines distinctions par rapport aux rôles et statuts des acteurs concernés selon que l’ISJ en VC est appréhendée du point de vue des intervenants sociaux ou de celui des intervenants pénaux et judiciaires. Enfin, au niveau de l’identité des acteurs impliqués dans ce type d’intervention, certains (Morier, Bluteau, Bureau, Lessard et Beaudet, 1991) mentionnent un large éventail de professionnels — et non professionnels — faisant partie du réseau des intervenants sociojudiciaires en VC, alors que d’autres (Bourque, 2008; Urbain Dumulong, 2014) préfèrent réserver ce terme à des personnes dont les pratiques consistent en tout ou en partie en des interventions psychosociales, pénales ou judiciaires qui ont cours dans le processus de judiciarisation de la VC.
    Afin de répondre à ces questionnements et à plusieurs autres, il est proposé d’explorer les représentations professionnelles d’intervenants psychosociaux, pénaux et judiciaires qui pratiquent auprès des personnes aux prises avec la VC. Cette décision se justifie par la grande proximité de ces personnes avec l’objet investigué de même que par l’expérience qu’ils en font au quotidien. Ainsi, puisqu’ils sont directement concernés par l’ISJ en VC, il est présumé qu’ils sont parmi les meilleures personnes pour le circonscrire. Ce choix est également motivé par le fait que ceux-ci se positionnent à l’interstice d’une multitude de mondes représentationnels relativement à la VC et aux réponses sociales. Il est supposé que cette diversité favorisera l’accès à des données abondantes, riches et contrastées relativement à l’objet étudié, ce qui contribuera à la production d’analyses de qualité.
  • Méthodologie envisagée: Dans le cadre de ce projet, une méthodologie qualitative sera favorisée et une étude de cas unique sera mise en place. Des entrevues individuelles semi-dirigées, des analyses de contenu et un lexicométrique seront utilisés pour recueillir les informations.
  • Retombées attendues: Le présent projet vise à accroître les connaissances par rapport aux différents objets permettant de comprendre en quoi consiste l’ISJ en VC (sa définition, qui la pratique, les actions concrètes impliquées, ses finalités, etc.). Par ailleurs, il contribuera à avoir une meilleure compréhension de l’expérience des intervenants impliqués directement dans l’appareil sociojudiciaire. De façon plus générale, ce projet permettra de mieux comprendre les enjeux relatifs à l’ensemble des dispositifs d’intervention où ces disciplines professionnelles sont enchevêtrées (p. ex. dans l’intervention en santé mentale, en toxicomanie, en protection de l’enfance, auprès d’itinérants, etc.).

    Plusieurs études portant sur la collaboration interprofessionnelle relèvent qu’une meilleure connaissance des collaborateurs est un facteur améliorant les partenariats (Bilodeau, Lapierre et Marchand, 2003; Bilodeau et al., 2007; Colarossi et Foley, 2006). De plus, pour les gestionnaires et les gouvernements, il est postulé qu’une meilleure connaissance des représentations des intervenants par rapport à l’ISJ et aux difficultés inhérentes à ce type d’intervention pourrait permettre d’identifier certaines pistes pour gérer ces difficultés. Bref, une compréhension plus importante de l’ISJ permettrait d’améliorer les pratiques et les services, de développer des formations appropriées à ce type d’intervention et de mieux préparer les futurs professionnels à ces contextes de travail particuliers. Cet apport spécifique est congruent avec les visées de la Politique d’intervention en matière de violence conjugale et du Plan d’action 2012-2017 actuellement en vigueur (Comité interministériel sur la violence conjugale et familiale, 1995; 2012)

Célyne Lalande

Étudiante au doctorat en service social
Université de Montréal
celyne.lalande@umontreal.ca